Jules Renard

"CHACUNE DE NOS LECTURES LAISSE UNE GRAINE QUI GERME" - Jules Renard

fête Halloween ...


vendredi 28 novembre 2014

Les Outrepasseurs - Tome 2 - La Reine des Neiges

Cindy Van Wilder

Gulf Stream éditeur
Paru en Septembre 2014
363 pages
18 euros

Roman ados dès 12 ans
Thèmes : Fantasy, Magie, Fantastique

Quatrième de couverture : Les Outrepasseurs viennent enfin de capturer la dernière fée libre, Snezhkaïa, la Reine des Neiges. Ils ignorent qu'ils viennent de déclencher une malédiction qui risque de les anéantir. Peter, qui supporte de moins en moins de se plier à la volonté de Noble, tente de retrouver le Chasseur pour mettre fin à cette lutte séculaire... 




A propos du Tome 1 Les Héritiers : 
" L'auteur a choisi un vaste terrain historique, celui du bestiaire magique du Moyen-Age où les croyances et les religions sont foisonnantes et empreintes de mystère version contes des Frères Grimm. Puis qui est ce Monseigneur, cet homme arrogant et énigmatique ? Le registre fantasy est très bien exploité grâce à une écriture inventive. J'ai été plus touchée par le côté roman initiatique : la cérémonie comme rite de passage dans une société secrète où à chaque plongée, Peter en apprend plus sur les pouvoirs magiques, sur les fés, sur la malédiction. L'ambiance est là, pleine de suspense, d'interrogations et de révélations."


         Encore une fois, Gulf Stream publie un roman à la couverture magnifique, même version que le premier mais avec un incroyable et ensorcelant paysage d'hiver, assorti au titre de ce second tome La Reine des Neiges. On se doute que la poursuite des aventures de Peter sera digne des contes classiques d'où la référence au conte d'Andersen. Mais ce ne sera pas là le seul bagage de l'auteur. La Reine des Neiges m'a étonné et séduite à cause de ses multiples références littéraires traditionnelles : Le Nom de la Rose, Le Roman de Renart, Les Fables de la fontaine, Les contes de Grimm, Le monde de Narnia. Ma lecture fut incroyablement riche et diversifiée, faisant défiler des souvenirs, des images, des impressions. 

Amour, féérie, syndrome de Stockholm, métamorphose, il y a une tonne d'ingrédients copieux et efficaces dans ce second volet. J'ai encore plus apprécié car on apprend à connaître Peter. L'essentiel de l'action est orientée sur son personnage au temps actuel (de nos jours) alors que dans Les Héritiers, on se focalisait plus sur le Chasseur et Arnaut. Peter ne veut pas de son héritage d'Outrepasseur et faisant preuve de courage, de sentiment et d'honnêteté, il n'a pas peur de s'opposer à Noble. Son voeu est de se défaire de ses ancêtres, de cette société des Goupils qui pèse trop lourd sur ses épaules. Il souhaite retrouver Chasseur maintenant qu'il connaît le contenu de la malédiction. Mais peut-elle être entravée, peut-elle être effacée ? Sans compter que Peter doit composer avec bon nombre de difficultés et de sentiments contradictoires : son attirance pour Shirley, son obéissance à Noble, son envie d'émancipation et de liberté, son amour pour sa famille. Peter gagne en profondeur, avec sa colère à peine contenue, sa détermination farouche, sa personnalité affirmée, son côté mature...Il est très attachant. Ce tome va également plus loin surtout dans l'ambiance et dans les décors choisis : un Londres énigmatique et angoissant, un tour de ville inattendu et mystérieux. C'est un tome très intéressant car Peter n'hésite pas à mettre en lumière les dérives des Outrepasseurs : l'esclavagisme, la guerre violente et effrayante contre les fés, les souffrances infligées.

Au final, ce tome se révèle plus complexe, tout aussi foisonnant et original que le premier tome. Les personnages évoluent et l'univers crée par l'auteur n'en devient que plus dense et inquiétant aussi. Il y a aussi une part sombre, où rien n'est blanc ou noir, et la frontière entre bien et mal est floue, tout comme celle du devoir opposé aux désirs personnels. La qualité et la valeur de cette trilogie se confirment donc dans ce second opus, avec une intrigue intense et riche, des personnages forts et hauts en couleurs et un univers où la magie omniprésente ne cesse de nous surprendre.

 

jeudi 27 novembre 2014

ENDGAME - Tome 1 - L'Appel

James Frey
Nils Johnson-Shelton

Gallimard Jeunesse
Traduit de l'anglais par Jean Esch
Paru en Octobre 2014
540 pages
19,90 euros

Roman ados dès 13 ans
Thèmes : Fantastique, Quête, Enigme

Quatrième de couverture : Endgame est une réalité. Endgame a commencé. Douze jeunes élus, issus de peuples anciens. L'humanité tout entière descend de leurs lignées, choisies il y a des milliers d'années. Ils sont héritiers de la Terre. Pour la sauver, ils doivent se battre, résoudre la Grande Enigme. L'un d'eux doit y parvenir, ou bien nous sommes tous perdus. Ils ne possèdent pas de pouvoirs magiques. Ils ne sont pas immortels. Traîtrise, courage, amitié, chacun suivra son propre chemin, selon sa personnalité, ses intuitions et ses traditions. Il n'y aura qu'un seul vainqueur. 

Avant de commencer Endgame, certains penseront à Hunger Games mais loin d'un univers dystopique, j'ai plutôt pensé à Battle Royale dont il se rapproche plus pour son côté sanglant et violent. Endgame, c'est douze jeunes, des élus, qui parcourent le globe, à la rencontre de sites mythiques qui n'ont pas fini de livrer leurs secrets. Ces adolescents se croisent, se rencontrent, se doublent, se traquent, se battent, s'entretuent et volent les découvertes qu'ont fait les autres. En résumé c'est une bataille menée sans relâche, plutôt crue et ardue dont la finalité est de décrypter une énigme pour sauver notre monde. Ca commence avec des météorites, une pour chaque participant. Puis chacun d'entre eux doit récupérer sa pierre, affronter et résoudre les épreuves. Dit comme ça, c'est plutôt compliqué et pour cause, il est difficile d'entrer dans l'univers crée par James Frey. Car certains ados sont étranges et ont un comportement pour le moins inaccessible et méprisable. Certains s'associent, se complètent, veulent la paix et ces personnages sont attachants. D'autres sont plus antipathiques et il sera difficile de les apprécier tant leur trahison est à la hauteur de leur cruauté. Ils sont égoïstes, manipulateurs et c'est parfois très glauque voire bizarre.

James Frey s'est inspiré d'une lecture de jeunesse (Mascarade) recelant des énigmes conduisant à un trésor réel. Il a voulu réitérer l'expérience en créant sa propre version de l'énigme, à une échelle actuelle c'est-à-dire en utilisant les nouvelles technologies et les moyens narratifs associés à du multimédia. On sent à travers la psychologie de ses personnages toute une dimension spirituelle, puisant dans l'histoire des religions, des cultures car on y trouve des références à la Bible, au bouddhisme et aux philosophies asiatiques. Pourtant, malgré toutes ces recherches et ces réflexions, je n'ai pas été sensible à l'univers d'Endgame et à l'écriture de James Frey que je trouve trop nerveuse.

Il y a néanmoins d'excellents ingrédients dans ce premier tome, de bonnes idées : un rythme soutenu et vif, une efficacité de style dans la narration, entre suspense et action et surtout une intrigue vertigineuse qui visite des lieux incroyables, des sites abritant les vestiges passés de civilisations anciennes. Avec son ouverture d'esprit et son goût pour la culture, James Frey fait d'Endgame un roman initiatique foisonnant et alerte, une aventure forte et riche : douze élus de civilisations anciennes représentent l'Humanité. Ils sont âgés entre 13 et 20 ans, vivent une vie normale mais sont préparés à être des guerriers. 
Partant de ce postulat, on n'en sait pas beaucoup plus sur l'origine d'Endgame, cette grande énigme du Salut et tout ceci reste bien mystérieux voire flou : pourquoi s'est-il déclenché maintenant ? pourquoi tuer des humains ?... Lecture innovante, il faut, à mon sens, faire l'expérience soi-même car la plume de l'auteur tout comme l'univers peut ne pas plaire à tous. C'est tout de même un roman singulier et spécial qui ne manquera pas d'interpeller, en bien ou en mal son lectorat, sans compter qu'au final, on se retrouve avec plus de questions que de réponses.


En savoir plus :
- les règles du jeu Endgame sur www.endgamerules.com
-une trilogie dont les romans paraîtront chaque année en octobre (fin pour octobre 2016)
- neuf nouvelles seront publiées numériquement à partir de décembre 2014
- un marketing de fou est prévu : une lecture interactive, promotion sur les réseaux sociaux, des sites internet, une chasse au trésor, un jeu mobile, un film...


Princesse du soleil levant

Misstigri
Texte de Christine Pompéï

De La Martinière Jeunesse
Paru en Octobre 2014
32 pages
16 euros

Album Jeunesse dès 5 ans
Thèmes : Conte, Japon, Amour

Quatrième de couverture : Au Palais Hinata, comme toutes les nuits, aucun bruit ne vient troubler la quiétude des habitants profondément endormis. Pourtant, derrière une petite fenêtre, une bougie luit, éclairant délicatement la silhouette de la Princesse Asahi. Au petit matin, des traces de pas se perdent dans le jardin...loin...toujours plus loin... puis plus rien. La Princesse a fui...Sur une grosse pierre, quelques mots gravés luisent au soleil : "Envolée la Princesse du Soleil levant..."

Misstigri et Christine Pompéï nous offrent avec La Princesse du soleil levant un album poétique sur l'amour interdit. Parsemé de mystère et d'un suspense à peine voilé, le récit raconte l'histoire d'une jeune princesse, entravée, enfermée par son père qui la soupçonne d'avoir un amoureux secret. Au petit matin, elle se prépare avec application, élégance et discrétion suivant un rituel de beauté bien précis. Mais elle refuse de dévoiler l'identité de cet inconnu. Alors son père sévit. Il lui interdit toute sortie. Le temps passe et les saisons défilent, la princesse garde espoir, se languit, observe au loin, attend patiemment, jamais ne se plie... jusqu'au jour où elle entreprend un long voyage à travers la jungle, pour retrouver celui qu'on appelle le Prince du soleil couchant.

En voilà un bel album plein de charme et de couleurs. Misstigri a le don de nous faire voyager et de nous envoûter grâce à ses illustrations aux pastels, aux teintes japonisantes, aux paysages soignés, aux grands yeux fascinants et expressifs de la Princesse. J'aime les dégradés d'oranger, de rouge, de rose, de bordeaux...qui font rêver et nous plongent dans des contrées lointaines. Le texte est beau et poétique grâce aux très jolis haïkus qui viennent étoffer une narration délicate et touchante. Car l'histoire de cet amour interdit est émouvante et j'ai trouvé la fin attachante. Un album à l'ambiance colorée et au charme d'Orient, à l'ombre d'un cerisier en fleurs, une princesse brave l'oppression et dévoile, accompagnée de la nature environnante, son amour plus fort que tout.


mercredi 26 novembre 2014

Les cygnes sauvages

Kochka (D'après Andersen)
Illustré par Charlotte Gastaut

Père Castor/ Flammarion
Paru en Octobre 2014
32 pages
13,50 euros

Album Jeunesse dès 5 ans
Thèmes : Conte, Magie, Famille

Quatrième de couverture : Il était une fois, onze princes qui chérissaient leur petite soeur, Elisa. Un jour, devenu veuf, le roi se remaria avec une méchante reine. Celle-ci sépara les enfants, confiant Elisa à des paysans puis transformant les princes en cygnes sauvages. Lorsqu'elle découvrit le sort réservé à ses frères, Elisa n'eut plus qu'un souhait : les délivrer du maléfice. 


Les cygnes sauvages est un magnifique conte d'Andersen racontant l'histoire de onze princes métamorphosés en superbes et majestueux cygnes. Un roi vivait seul avec ses enfants (11 fils et une seule fille nommée Elisa). Quand il se remaria, la méchante reine sépara les enfants. Elle changea les fils en cygnes et Elisa fut bannie du royaume, confiée à des paysans. Un jour, la jeune fille découvrit le sort réservé à ses frères. Elle se mit à tisser onze tuniques d'orties pour les délivrer de cette malédiction. Mais contrainte au silence pendant sa tâche, elle fut vite accusée de sorcellerie. Alors qu'on prépare un bûcher, elle continue sans relâche à tisser la dernière tunique. C'est ainsi qu'elle redonna forme humaine à ses frères, qui la sauvèrent et dévoilèrent toute la vérité...

Si Kochka est fidèle à la forme classique du conte, ce qui retiendra clairement l'attention dans cette édition des Cygnes sauvages ce sont les superbes planches illustrées de Charlotte Gastaut. Rien qu'à voir la couverture, rehaussée d'un pantone doré, on a envie de se plonger dans l'univers onirique et élégant de cette illustratrice. Pour ma part, Charlotte Gastaut ne cesse de m'émerveiller, de me fasciner par ses dessins tellement ils sont beaux. C'est de l'art! Son style est original, remarquable et s'adapte harmonieusement à l'univers des contes. Elle sait si bien allier motifs ornementaux, éléments naturels et esprit décoratif. Son graphisme est ici somptueux, mélangeant volontiers culture occidentale avec une touche d'orientalisme, icônes religieuses russes...le tout dans un trait maîtrisé d'une grande finesse. Couleurs chatoyantes trônent au côté d'un doré flamboyant, révélant raffinement des détails, féérie et délicatesse. C'est beau et très poétique, tout comme l'histoire des Cygnes sauvages que je trouve émouvante et touchante.


 http://charlottegastaut.blogspot.fr/

Panchemar - Pichien - Nuts - Coster ♥ ♥ ♥ ♥

Layla Benabid

Rêves bleus - Editions D'ORBESTIER
Collection Cartoons
Paru en Octobre 2014
32 pages l'un
5,90 l'un

Album Jeunesse dès 3 ans
Thèmes : Humour, Animaux, Cartoons


 




"Cartoons est une collection d’albums inspirés du principe du film d’animation. « Cartoon » désigne à l’origine chacune des planches composant un film de dessins animés. Les histoires, drôles et attendrissantes et réalisées tout en jeux de contraste rehaussés par une touche de couleur, se racontent seulement avec leurs images, laissant la place à l’imagination du lecteur et amenant au partage avec l’enfant, pour le plaisir des petits yeux comme des grands."


L'année dernière au Salon du livre jeunesse, je découvrais les éditions d'Orbestier et Rêves bleus, notamment avec un gros coup de coeur pour Cartoons, une collection de petits albums carrés sans paroles, à la couverture souple.

A propos de Nours, voici un extrait de ma chronique : "La collection Cartoons propose des histoires courtes sans paroles, inspirées du principe du film d'animation. J'ai un coup de coeur pour les dessins crayonnés de Layla Benabid, évocateurs d'expressions, de scénario et de narration, toujours tendre. Les visages sont très expressifs et la progression narrative par l'image est très compréhensive."

Cette année la collection revient avec quatre nouveautés et je remercie grandement Rêves bleus pour la chouette découverte : 
-Dans Pichien, un chiot tout joyeux est excité d'avoir trouvé un ami en la compagnie d'un pigeon. Mais cela n'est pas au goût de l'oiseau qui se joue du chien et lui fait une drôle de blague!
-Dans Panchemar, un adorable petit panda découvre la nature et la jungle, lorsqu'il se retrouve nez à nez avec une immense panthère noire...
-Dans Nuts, on suit les péripéties d'un écureuil espiègle et malin qui s'amuse à chiper la nourriture de ses petits compagnons. Mais qui rira bien, rira le dernier...
-Dans Coster, on découvre la cohabitation rigolote entre un hamster hyperactif qui se prend pour un super-héros et un cochon d'Inde un brin rondouillard qui préfère le farniente...

Le mot d'ordre de ces 4 nouveautés est l'humour et le comique de situation. Toutes les histoires font sourire et mettent en scène des farces, des blagues, des retournements de situation grâce à des chutes bien senties et des bouilles expressives. Alors que dans Nours, on s'intéressait à l'amitié entre enfants et animaux, ici, les interactions sont exclusivement animales et on se joue de leurs différences qu'elles soient de taille (panda/panthère) de caractère (hamster/cocon d'Inde), de personnalité (chien/pigeon). On rit, on s'amuse et les dessins accrocheurs de Layla Benabid concourent grandement à la compréhension des cartoons. Nul besoin de texte, de paroles, tout est efficace en matière de graphisme. Ces petits livres sont vraiment très beaux. Je les adore et on ne se lasse pas de les admirer. J'aime le concept, j'aime que chaque livre soit en noir et blanc et une seule couleur pour rehausser le tout, une couleur comme un fil conducteur de l'histoire, une couleur unique qui nous guide. Esthétiquement, le rendu est superbe et il y a un fort contraste entre ce noir profond et ce blanc qui fait ressortir avec éclat les contours tout arrondis des animaux. C'est délicieusement drôle, original, attachant et attendrissant. Le coup de coeur est encore au rendez-vous!


 
Le site de Layla Benabid 
Le site de Rêves bleus 






La Mamani

Sandra Nelson
Illustré par Sébastien Pelon

Père Castor/ Flammarion
Paru en Novembre 2014
32 pages
13,50 euros

Album Jeunesse dès 5 ans
Thèmes : Sorcellerie, Aventure, Poupée

Quatrième de couverture :  Quelque part en Bolivie, au coeur de la cordillère des Andes, vit la Mamani. Cette gentille sorcière vient en aide à tous ceux qui en ont besoin. Un soir, Anita frappe à la porte de la Mamani... Sa petite soeur Nina est malade depuis que Salamanca, un puissant sorcier, lui a volé sa poupée et ses rêves. La Mamani a très peur de Salamanca... Mais n'écoutant que son coeur, elle décide de l'aider. 


La Mamani est une grand-mère, sorcière guérisseuse de la cordillère des Andes. Elle vient en aide aux gens, les soigne et les accompagne pour les petits soucis du quotidien. Mais elle refuse d'aider la jeune Anita, qui souhaite sauver sa soeur Nina atteinte d'une étrange maladie : un trouble survenu lorsque le sorcier Salamanca lui a volé sa poupée et ses rêves d'enfant. Mais la Mamani a le coeur bon, le coeur pur et elle ne peut s'empêcher d'aider la fillette à atteindre l'île, refuge du puissant sorcier. Sur cette île, de multiples épreuves attendent Anita : une chèvre qui pue, un labyrinthe dans lequel sévit le Basilic dont le regard vous pétrifie sur place, puis une porte invisible et derrière elle, tous les secrets et les poupées volées par Salamanca... car un enfant ne peut vivre sans ses rêves, Anita affrontera le sorcier à coups de cadeaux et de ruse.

Sandra Nelson et Sébastien Pelon nous raconte un très beau conte du monde, issu du folklore andin et de la Mamani, une sorcière au grand coeur venant de Bolivie. Mais la Mamani n'est pas l'héroïne de ce conte, elle est plutôt la bonne fée, la sorcière bienveillante qui vient en aide à la véritable héroïne de l'histoire : Anita. Anita nous montre l'attachement qu'elle porte à sa petite soeur malade. Courageuse, elle n'hésite pas à se lancer à la poursuite du sorcier et à l'affronter dans une aventure pleine de dangers qui sent bon les références mythologiques grecques (une île, un labyrinthe, un monstre de légende, trois épreuves, une quête). La Mamani est un conte plein de tendresse, attachant, évoquant l'importance de la famille.  J'ai aimé le texte très rythmé et efficace de cet album et toutes les symboliques qu'on y puise : le terrible sorcier Salamanca est en réalité très capricieux dans son désir égoïste de collectionner toutes les poupées et de s'enrichir des rêves d'enfants. Le récit est classique et de type traditionnel : un élément déclencheur, des épreuves à affronter, une énigme à résoudre et une récompense sous forme de cadeaux magiques. Après Matriochka, le duo Nelson/Pelon nous offre encore une fois un bien joli conte, une lecture sympathique pour partager les cultures et voyager au coeur du folklore mondial.

Les nouvelles maisons des petits amis ♥ ♥ ♥ ♥

Texte de Marie Fordacq
Illustrations de Peggy Nille

Tourbillon
Paru en Novembre 2014
6 double-pages cartonnées
17,99 euros

Livre-jeu dès 3 ans
 aux pages aimantées
avec 87 magnets.
Attention, ne convient pas aux enfants de moins de 36 mois

♥ ♥ ♥ ♥

Les amis animaux emménagent dans leurs nouvelles maisons. Pour l'instant, elles sont un peu vides! Il va falloir décorer tout ça! Les familles Renard, Ecureuil, Hiboux, Taupe et Lapin ont besoin d'aide. Avec les 87 magnets, place les meubles au bon endroit, décore selon le style de chacune d'entre elles, installe et meuble chaque pièce de leur maison et accessoirise l'ensemble avec des lampes, des tapis, des objets de décorations. 

Les plus de cet album-jeu absolument génial : des magnets adorables qui tiennent sur des pages aimantées, que l'on déplace à l'infini selon les envies. Les différents univers inventés : chaque famille a un logis unique et original qu'il faut décorer selon leurs goûts respectifs. Les décors proposés sont trop mignons, ni trop garçon, ni trop girly, ils sont joyeusement enfantins et attendrissants. La famille Lapin nous accueille avec une gourmandise dans une maison de style vintage, au côté rétro qui n'est pas sans rappeler l'univers de Richard Scarry. La famille Renard vit dans une roulotte aux couleurs pétantes et bohèmes. La famille Hiboux aime le baroque et le violet nuit. La famille Ecureuil aime la zen-attitude dans un logis sobre et serein. La famille Taupe a fait de son terrier un espace de jeux naturel. Chacun a son style et c'est drôlement réussi, grâce aux illustrations pétillantes et attachantes de Peggy Nille. L'enfant dispose de 87 magnets (personnages, objets de décorations, mobilier) pour s'amuser et inventer une foule d'histoires en lien avec les modes de vie de chaque famille d'animaux. Il va inventer dialogues, actions, rencontres et s'y donner à coeur joie. Grâce aux décors riches de détails, il peut observer le style de vie de chaque famille et repérer les caractéristiques de chaque maison. Un livre-jeu où il fait bon vivre ! Je suis sous le charme.

mardi 25 novembre 2014

Les trésors des couleurs

Delphine Badreddine

Gallimard Jeunesse
Collectif d'illustrateurs
Collection Mes premières découvertes
Paru en Octobre 2014
22 pages
20 euros

Documentaire Jeunesse dès 4 ans
Thèmes : Nature, Livre-jeu, Découverte, Couleurs

Quatrième de couverture : Un livre pour se plonger dans l'univers enchanteur des couleurs et de leurs mille nuances. La fascination de découvrir, le plaisir des surprises, grâce à un florilège d'effets magiques aussi simples qu'efficaces. Pages transparentes, rabats, volets, tirettes, découpes, images animées, activités...

Les trésors des couleurs est un album accrocheur, déjà grâce à sa couverture spéciale contenant un lenticulaire, une image qui s'anime quand on bouge le livre. Ca attise la curiosité et on se demande bien ce que l'on va découvrir dans cet album. Et des surprises, il y en a! Les trésors des couleurs s'est donné comme but de montrer aux enfants tout ce qu'il y a à savoir, à voir sur les couleurs à travers des animations : tirettes, pages transparentes, jeu de Memory, rabats-surprises, volets à soulever... autant de petites interactions qui font découvrir l'univers magique des couleurs. Plusieurs notions y sont d'ailleurs très bien exploitées comme les nuances, les dégradés, les couleurs primaires, les couleurs complémentaires, les camaïeux, les couleurs chaudes et froides, les mélanges, les couleurs de la nature, les contrastes, les jeux de lumières. Et avec la traditionnelle lampe magique détachable, on passe derrière des pages transparentes pour voir apparaître de sublimes images en couleurs d'une superbe jungle. Cet album est ludique et attractif : on s'amuse beaucoup, on s'émerveille d'un rien, on redécouvre la magie des couleurs et les animations y sont très distrayantes. Un documentaire qui fait aussi livre-jeu, ouvrage d'activités et de découverte où tout est interactif et si astucieusement conçu... En un mot : fascinant!

Le grand imagier

Gallimard Jeunesse
Conception et réalisation Geneviève de la Bretesche
Collectif
Collection Mes premières découvertes
Paru en Octobre 2014
108 pages
15 euros

Documentaire Jeunesse dès 2 ans
Thèmes : Vocabulaire, Imagier, Mots

Quatrième de couverture : Plus de 800 mots et images choisis et ordonnés par des spécialistes afin de répondre à la curiosité insatiable des enfants. De belles illustrations volontairement réalistes amènent l'enfant à reconnaître facilement le monde qui l'entoure. Un somptueux imagier interactif pour goûter au plaisir de la découverte, du savoir et des mots.


Le grand imagier revient avec une nouvelle édition d'un grand classique chez Gallimard Jeunesse ! C'est un documentaire indispensable car extrêmement complet et réaliste. Tous les domaines de la vie des touts-petits sont abordés : Le corps humain, La maison, L'école, La ville, Les courses, La nature avec des sous-thèmes intelligents (les transports, le sport, l'alimentation, la campagne, les animaux, les vêtements). C'est varié, diversifié et les thèmes évoqués sont tous proches du quotidien des petits. Il y a des encadrés ludiques qui permettront aux enfants de retenir des informations précieuses : des devinettes, "Le sais-tu ?" interpellant directement les enfants, faisant fonctionner leur mémoire, leur curiosité, leur savoir. Les illustrations de type réalistes sont pertinentes car les enfants identifient facilement et repèrent les objets, les lieux, les noms, les mots, le monde qui les entoure, les différents univers qu'ils côtoient (zoo, jardin, chambre, classe...). Au total il y a plus de 800 mots reproduits à l'écriture cursive et scripte pour mieux visualiser l'orthographe et apprendre du vocabulaire par la mémoire visuelle. Un documentaire-imagier efficace et instructif pour un premier apprentissage des mots et de la langue française. Un atout dans une bibliothèque d'enfant...


lundi 24 novembre 2014

Yéti

Christine Naumann-Villemin
Marianne Barcilon

Editions Kaléidoscope
Paru en Novembre 2014
32 pages
12,80 euros

Album Jeunesse dès 3 ans
Thèmes : Humour, Amour, Yéti

"La solitude, quel fléau ! Même un yéti peut en souffrir. Alors quand il découvre une belle botte perdue dans la neige... Chouette, chouette, chouette, une formidable occasion pour descendre dans la vallée et peut-être rencontrer l’âme soeur. Ou, à défaut, l’amitié ?" 


J'ai craqué pour sa bouille franchement attendrissante et rigolote. Je vous présente Yéti et je remercie les éditions Kaléidoscope pour l'envoi de cet album attachant. Yéti vit seul dans sa montagne. Il y est heureux bien que la solitude le pèse ces temps-ci un peu trop. Un jour, il trouve une botte. Pas la paire non! Juste une botte rose, ravissante, de petite pointure. Yéti est intrigué et curieux. A qui appartient-elle? Puis il se souvient d'une histoire, dans un livre, quand il était petit. L'histoire d'un prince qui trouve l'amour en frappant de portes en portes, une petite chaussure à la main. A la fin, le prince se marie avec la belle princesse. Tiens! Cela donne une idée à Yéti! Pour lui aussi l'histoire se finirait bien. Il va trouver à qui appartient la botte. Malheureusement, au village, ceux qui répondent ne sont pas enclins à essayer la chaussure proposée par Yéti...

Un monstre des neiges qui essaye de trouver l'amour, comme dans les contes de fées! En voilà une idée choupinette pour un album jeunesse et c'est drôlement fun. Le texte se veut humoristique, énergique et efficace. Il y a du suspense à savoir Yéti trouvera-t-il la propriétaire de la botte et si oui comment tout cela va-t-il finir ? Il y a du comique de répétition avec ce rituel d'aller frapper à la porte, les mines renfrognées, énervées ou hostiles des gens qui ouvrent la porte... et les illustrations sont très agréables et expressives. Les mimiques faciales de Yéti font sourire. On craque pour les dessins aux contours arrondis et gracieux de Marianne Barcillon. Tout est tendre et doux. Yéti a une bouille adorable. Un album sympathique et une histoire mignonnette de monstre gentil à adopter dès l'âge de 3/4 ans.







http://www.mariannebarcilon.com/

mercredi 19 novembre 2014

GRAAL - La légende des chevaliers

Christian de Montella

Flammarion
Paru en Novembre 2014
92 pages
13 euros

Contes et légendes dès 12 ans
Thèmes : Graal, Magie, Chevalerie

Quatrième de couverture :  Entrez dans la légende du Graal… Découvrez les origines de la Quête, la puissance du Magicien Merlin, les terribles Fées Viviane et Morgane… Chevauchez aux côtés des valeureux chevaliers Lancelot, Perceval et Galahad. Combattez au nom du roi Arthur pour la victoire de la Table Ronde, de la Lumière contre les Ténèbres…

La légende du Graal racontée en 37 aventures épiques et fondatrices illustrées par Christian de Montella. Voici un beau livre, à la facture soignée, ouvrage relié mais ce qui attire le plus dans cet ouvrage ce sont les illustrations. Christian de Montella a décidé de remonter aux origines de ce mythe, aux origines de la sainte quête du calice ayant recueilli le sang du Christ. La forme narrative choisie par l'auteur fait de cet album un réel atout car la légende est racontée en aventures, décomposées en plusieurs parties : Les origines (Joseph recueille le sang du Christ sur la croix), Merlin ( Naissances de Merlin et Arthur jusqu'à l'épisode d'Excalibur), En quête de l'élu ( Lancelot part à la poursuite du Méléagant qui détient sa dulcinée Guenièvre, la femme du roi Arthur... Récit de l'adoubement de Perceval... Galahad l'élu, le fils de Lancelot prend la route de la Quête du Graal, tue Morgane et retrouve le Graal). 

Tous les personnages qui ont marqué la légende du Graal sont là ainsi que le côté épique avec les Chevaliers de la Table Ronde, les lieux riches de magie comme l'île d'Avalon, la forêt de Brocéliande. Les lieux, les décors, les objets, les héros, rien ne manque. On aime que le récit soit court, composé de plusieurs chapitres, cela rythme bien la lecture. Ce livre, par le soin apporté à sa présentation est destiné aux jeunes mais les adultes ne resteront pas insensibles à la beauté de l'iconographie. En effet, les dessins puisent dans de multiples références religieuses chrétiennes, mystiques, païennes, fantastiques mêlant éléments naturalistes, paysages aux objets sacrés et aux images chevaleresques. Graphiquement, c'est déroutant et fascinant. Magie, merveilleux et chevalerie accompagnent une plume romanesque et poétique. Adapté pour un lectorat mixte, il permettra aux plus jeunes de s'initier aux légendes arthuriennes. C'est un livre original dans sa forme, au contenu parfait pour une première approche et qui saura séduire également les adultes qui y puiseront beauté et symbolisme des images.

Mes animaux tout doux ♥ ♥ ♥ ♥

Xavier Deneux

Tourbillon
Paru en Novembre 2014
10 pages
13,99 euros

Album éveil dès 1 an
Thèmes : Animaux, Matière à toucher, Eveil

♥ ♥ ♥ ♥


 

J'ai craqué pour Mes animaux tout doux, non seulement parce que j'adore les illustrations si adorables et craquantes de Xavier Deneux et aussi parce que j'aime de plus en plus ces albums mini format tout carton adaptés aux plus petits. 

Dans cet imagier ludique et captivant, Xavier Deneux nous propose de suivre en silence le chat qui guette la souris. Une taupe rencontre un lapin blanc. Le loup suit à pas de velours des moutons. La chouette côtoie volontiers la chauve-souris. Au milieu des feuilles, le panda joue avec les papillons. Et sur la banquise, l'ourson blanc attend sagement sa maman, tout comme les manchots qui ont l'air de bien discuter. Cet imagier est magnifique car la spécialité de Xavier Deneux est de jouer sur les beaux contrastes entre noir et blanc. L'enfant sera captivé par l'intensité des dessins qui ressortent encore mieux d'autant plus que les contours des animaux sont facilement identifiables grâce aux matières à toucher. Les dessins de Xavier Deneux sont enfantins, simples et mignons à croquer...ils permettent d'éveiller la curiosité des enfants grâce à cette grande lisibilité des images. Graphiquement c'est très visuel et accrocheur. Le bébé sera vite fasciné par les différentes matières qu'il découvre, qu'il caresse sous ses doigts. Un imagier bicolore très joli pour réveiller les sens, à la fois poétique et plein de tendresse.


mardi 18 novembre 2014

La mer infinie - Tome 2 - La 5e vague

Rick Yancey

Robert Laffont
Collection R
Traduit de l'anglais par Francine Deroyan
Paru en Octobre 2014
404 pages
17,90 euros

Roman ados dès 13 ans
Thèmes : Dystopie, Science-fiction, Extraterrestres

Quatrième de couverture : Comment débarrasser la Terre de ses sept milliards d'habitants ? Retirez aux hommes leur humanité... Cassie Sullivan et ses compagnons ont survécu aux quatre premières vagues destructrices lancées par les Autres. Maintenant que l'espèce humaine a été presque entièrement exterminée et que la 5e Vague déferle sur la planète, le groupe se trouve face à un choix : se préparer à affronter l'hiver en espérant le retour rapide d'Evan Walker, ou se mettre en quête d'éventuels survivants avant que l'ennemi ne referme sur eux son impitoyable piège. Personne ne peut prédire à quels abîmes de cruauté les Autres sont prêts à s'abaisser, ni à quelles hauteurs l'humanité saura se hisser. La bataille finale ne fait que commencer... Ils connaissent notre manière de penser. Ils savent comment nous exterminer. Ils nous ont enlevé toute raison de vivre. Ils viennent maintenant nous arracher ce pour quoi nous sommes prêts à mourir. Le deuxième tome de la trilogie phénomène, bientôt adaptée au cinéma par Tobey Maguire et les producteurs de World War Z, Argo, Hugo Cabret, Aviator, Gangs of New York, Ali.


A propos de La 5e vague : "Tout comme bon roman dystopique, la narration est prenante, l'intrigue passionnante et inquiétante avec son lot de rebondissements. On retrouve quelques ingrédients des Ames vagabondes. Ce qui m'a plu dans le roman c'est surtout les retours dans le passé, les flash-backs dévoilés par Cassie sur le processus d'invasion. Le concept des vagues, des étapes destructrices, qui méthodiquement visent l'extinction de l'espèce humaine est tout simplement prenant et original."

La suite très attendue de La 5e vague est arrivée dans la collection R ! ENFIN!!!!!! Nous retrouvons Cassie, Ringer, Zombie, Ben, Evan et Sam ainsi que tous les personnages du 1er tome, tels que nous les avions laissés à la fin des évènements de La 5e vague. Si l'auteur ne s'ennuie pas de flash-backs et de rappels, cela a le mérite de nous replonger immédiatement dans l'action et le climat de tension qui règne dans cet univers apocalyptique. On explore le domaine psychologique des personnages dans toute sa complexité, sa densité. Quel est l'impact émotionnel du combat que se livre les survivants humains et les Autres ? Les humains doivent sans cesse rester sur le qui-vive. L'alternance des points de vue et l'écriture polyphonique rend le rythme très efficace et appuyé, au risque parfois de perdre le lecteur en chemin avec une place prépondérante aux dialogues. 

Il n'en reste pas moins que l'on apprécie toujours autant cette tension, ce climat d'urgence propre aux romans "survivors". Le grand rebondissement est dans la deuxième partie du roman et surtout dans cette fin explosive qui promet encore une suite addictive et haletante. En effet, un personnage va être soumis aux tortures de Vosch. L'enfermement, les expériences menées sur les humains, la manipulation...tout ceci fait froid dans le dos et on comprend mieux cet univers redoutable. L'auteur approfondit son intrigue en nous faisant comprendre les intentions réelles des envahisseurs et offre une fin alternative plus réaliste. Comment ont-ils décidé d'éradiquer les sept milliards d'humains ? Par quels moyens et pourquoi pas d'autres ? Que cherchent-ils sur Terre ? Beaucoup d'émotions fortes dans ce tome même si l'action peut parfois manquer. Avis partagé donc pour ce second tome dans lequel parfois je me suis perdue et où l'absence de Cassie m'a dérouté. 

Au final, un tome qui place l'humanité au coeur de son intrigue, en y faisant son point fort et sensible à la fois. Le suspense est tel, les questions et les doutes des personnages sont si denses que c'en est éreintant et le lecteur ressent toute cette fatigue psychologique car la finalité n'est ni plus ni moins que la survie de l'espèce humaine. La suite promet d'être palpitante. Je serais au rendez-vous !

CONTES DE GRIMM

Philip Pullman

Gallimard Jeunesse
Images de Shaun Tan
Traduit de l'anglais par Jean Esch
Paru en Octobre 2014
496 pages
35 euros

Contes traditionnels à partir de 11 ans
Thèmes : Folklore, Contes, Littérature orale

Quatrième de couverture :  Philip Pullman a puisé aux sources d'un patrimoine imaginaire exceptionnel : les contes rassemblés par les frères Grimm il y a deux siècles. Il a choisi 50 contes, des plus célèbres aux plus rares, pour les raconter à son tour, avec le talent d'un immense conteur d'histoires contemporain. Le génial Shaun Tan s'est inspiré des sculptures inuits et précolombiennes pour réaliser des figurines qui semblent comme "exhumées de fouilles imaginaires" afin d'illuminer ces contes en préservant leur mystère.

Attention Mesdames, Messieurs... voici le vrai de vrai... une publication unique et incroyable réunissant un illustrateur charismatique Shaun Tan et un auteur mondialement connu Philip Pullman. C'est un vrai... un vrai BEAU LIVRE : couverture cartonnée et objet luxueux, ouvrage relié, 50 illustrations envoûtantes et oniriques inspirées des figures de l'art inuit et précolombien, papier épais. Philip Pullman redonne vie aux contes des frères Grimm tout en respectant le principe de la tradition orale.

Les illustrations de Shaun Tan sont encore singulières et énigmatiques grâce à leur côté symbolique et porteur de sens. Il faudra admirer et chercher les personnifications, les interprétations dans ces sculptures superbes. Puisant dans l'imaginaire, les choix de Shaun Tan sont à la fois modernes (référence à l'art contemporain) et intemporels. Chaque conte est assorti d'une notice précisant son origine, le rapprochant à d'autres contes similaires ou bien faisant l'analyse érudite d'un motif. L'introduction est également passionnante et Philip Pullman se place dans la tradition des conteurs. Respectant le folklore de Jacob et Wilhem Grimm, Philip Pullman propose dans certaines histoires des fins alternatives, toujours accompagnées d'annotations. Ainsi on prend plaisir à redécouvrir les versions revisitées de Cendrillon, Raiponce, Le petit chaperon rouge et on découvre avec stupeur et émerveillement des contes moins connus comme Le chat et la souris se mettent en ménage, La Jeune fille sans mains, La Mort marraine

Un bonus en fin d'ouvrage nous invite à découvrir comment Shaun Tan a voulu illustrer Les contes de Grimm. C'est intéressant car il y a un vrai travail d'imagerie, de recherche et de création. Voici un ouvrage intemporel, inclassable, familial pour jeunes lecteurs et adultes. Une anthologie indispensable et magique!

lundi 17 novembre 2014

Le fils

Lois Lowry

Ecole des Loisirs
Collection Medium
Traduit de l'anglais par Frédérique Pressmann
Paru en Octobre 2014
390 pages
19 euros

Roman ados dès 13 ans
Thèmes : Dystopie, Science-fiction, Société

Quatrième de couverture : Les pêcheurs l’ont surnommée Claire de l’eau. Quand ils l’ont arrachée aux flots et ramenée au village, la jeune naufragée ne se souvenait de rien, sauf de son prénom. Personne ne sait qu’elle a grandi dans la communauté, une société où les couleurs et les émotions sont interdites. Personne ne peut imaginer qu’elle a été programmée pour être mère porteuse, qu’elle a été inséminée à l’âge de quatorze ans, qu’elle a eu un fils, qu’on le lui a arraché. Depuis, Claire n’a plus jamais été la même, obsédée par cet enfant qu’elle a tenu une seule fois dans ses bras, hantée par ses boucles blondes et ses yeux clairs. Elle fera tout pour retrouver son fils, jusqu’à accepter un terrible sacrifice… 

A propos du Passeur : "En tant que futur passeur, Jonas est le dépositaire d'une mémoire faite de rêves communiqués par son mentor. Il apprend ce qu'est la souffrance, la guerre, la douleur physique et les quelques consolations de bonheur ne sont rien comparé au vol de la mémoire. Jonas porte un poids qu'il ne peut partager et découvre les couleurs, la neige, la sensation du soleil sur la peau. J'ai trouvé ce roman très beau et bien écrit. L'intrigue s'étend progressivement vers un récit existentiel, teinté de nostalgie et d'une profonde mélancolie. Que ferait-on d'un monde sans saveurs, où tout est fade et sans goût ? Faut-il oublier pour être heureux ? ou au contraire se souvenir malgré la douleur et avancer ?"

Avec Le fils, Lois Lowry termine la quadrilogie commencée avec Le Passeur, L'Elue et Messager. J'avais beaucoup aimé Le Passeur où l'on suivait Jonas dans son apprentissage de la société, des émotions et de la vie. Dans Le fils, Jonas est bébé. Sa mère Claire est un réceptacle, autrement dit un produit de la société, une mère porteuse. A la naissance de son enfant, Jonas lui ai arraché. Il vivra chez une autre famille. 
Le roman est ainsi divisé en plusieurs parties : Avant - Entre deux - Au-delà. Dans la première partie, on est déchiré par le personnage de Claire qui découvre l'amour maternel, l'instinct de protection. Elle reconnaît son bébé et n'aura de cesse de veiller, de loin sur lui. Car tout contact entre une mère biologique et son enfant est interdit. Le rythme est lent et invite à la réflexion existentielle. C'est aussi très émouvant et touchant car les pensées de Claire sont orientées vers son affection pour son fils, elle fait preuve d'un grand courage. Elle qui n'est perçue que comme une "pondeuse", n'a pas le droit de s'autoriser à aimer son propre enfant. On voit que la société développée par l'auteure est dure et complexe. Elle n'est que le début de ce que sera Le Passeur : une société froide et policée sans émotions, où il est interdit de "ressentir". 
J'aurais néanmoins aimé plus de détails sur le fonctionnement d'une telle société dystopique. Malheureusement l'auteure ne donne aucune clés concernant la création de cette société futuriste. Comment cela a commencé ? Pourquoi de tels choix ? 
Les thèmes abordés sont importants et efficaces : la procréation assistée, la manipulation des corps, le contrôle des populations, l'eugénisme... J'ai moins accroché au côté fantastique du roman à savoir la figure du "commissaire troqueur", sorte de figure symbolique du mal qui apporte au récit une part moralisatrice et manichéenne inutile à mon sens. Néanmoins Le fils clôt magistralement une série au rythme sensible et subtile, évoquant la vie, la mort, l'amour avec force et qui apporte son originalité dans la littérature de jeunesse actuelle.  


Les avis de Thalie, LetterBee, Radicale