vendredi 20 novembre 2009

Séance Club de lectures 3

Photo Copyright Droits Réservés Henri Silberman New York by night


Dimanche dernier c'était notre rendez-vous mensuel du club de lectures!!! Le thème était La littérature urbaine qui nous a réservé bien des surprises. Pas de difficultés particulières, tout le monde a trouvé son livre!!!



Les livres présentés

Emilie nous a fait voyager au coeur d'une ville cosmopolite, au carrefour de l'Orient et de l'Occident avec La bâtarde d'Istanbul d'Elif Shafak. Une adolescente venant des USA décide de partir à la recherche de ses origines et part pour Istanbul. Une découverte faite d'épices, de rues animées et de secrets de famille. Un bon coup de coeur...

Catherine nous a proposé un essai entre sociologie et réalité de la vie d'un Noir américain dans Paris à travers Paris en noir et black d'Eddy El Harris. Deux cultures différentes, deux visions différentes du Noir américain: aux USA il est noir, en France notamment à Paris il est américain. Paris est le prétexte du livre; en toile de fond pour parler de l'expérience d'un homme et de sa place dans la société.

Régis est retourné aux origines de la littérature française pour nous parler d' Une ville flottante de Jules Verne. C'est le récit d'un voyage en bateau pour New-York. La morphologie du bateau correspond à la description et à l'organisation d'une ville. Cosmopolitisme, grandeur et hymne à la technique et au progrès, Une ville flottante fait l'éloge de l'urbanisation. Ce roman décrit les ambitions d'un urbanisme encore balbutiant (phrase citée de Régis!!). Mais Régis n'a pas vraiment apprécié sa lecture.

Johanna a présenté une magnifique BD Là où vont nos pères de Shaun Tan. Une BD sur l'immigration: l'histoire d'un père qui s'en va dans une autre ville à la recherche d'une vie meilleure. La ville est porteuse d'espoir, terre d'accueil. D'abord étranger, ce père va se sentir chez lui et retrouver ce sentiment sécurisant du foyer. Empreint d'onirisme et de fantastique, Johanna a craqué pour les illustrations de cette BD sans texte.

Quant à moi j'ai présenté Lombres de China Miéville dont vous saurez tout ici.

Sylvie a cherché au fond de sa mémoire un roman qu'elle avait déjà lu étant ado pour nous présenter Les naufragés du temps de Carol Matas. Science-fiction, machine à remonter le temps, fausse utopie, dangers de la consommation, Les naufragés du temps raconte le voyage dans le temps d'une jeune ado dans sa ville natale de 1991 à 2060. La même ville à des époques différentes. Sylvie a apprécié sa lecture et compte bien lire les deux autres tomes de la série.

BILAN
Le thème de la littérature urbaine est riche et diversifié. Les participants l'ont tous abordé sous le même angle, celui de la ville. Cosmopolitisme (Une ville flottante), Fantastique (Les Naufragés du temps/ Lombres), Onirisme (Là où vont nos pères) et Sociologique (Paris en noir et black/ La bâtarde d'Istanbul), la ville est un thème complexe. La ville évolue avec les personnes qui y vivent, elle est synonyme de changement et de dynamisme. Le point commun des lectures c'est surtout que la ville est perçue par un protagoniste qui y est toujours étranger mais qui progressivement se l'approprie pour lui devenir familière. Si la littérature de jeunesse aborde ce thème de manière sympathique sous la forme d'une exploration, d'une découverte fantastique, la littérature adulte se sent plus proche des réalités sociologiques et s'attache à présenter ce thème dans sa complexité historique et réflexive. On a tous apprécié de travailler sur ce thème, la ville porteuse de mémoire, devient elle-même un personnage à part entière, avec ses propres codes à comprendre. La littérature urbaine est une littéraire vivante, diversifiée, objet de fantasmes, d'espoirs et révélatrice des cultures qui nous entoure. Un thème positif !!!!


Le dimanche 13 décembre nous entamerons les festivités avec le thème de Noël...

jeudi 19 novembre 2009

Attention Dieu méchant

Shalom Auslander

Editions Belfond
Traduit de l'américain par Bernard Cohen
Paru en Août 2009
157 pages

RENTREE LITTERAIRE 2009

Quatrième de couverture: Jubilatoires, iconoclastes et hilarantes, des histoires délicieusement blasphématoires, par l'auteur de La Lamentation du prépuce. Entre Kafka, Beckett et Philip Roth, un régal de drôlerie, d'une liberté de ton aussi profonde que rafraîchissante. Y a-t-il là-haut quelqu'un qui m'aime ? Cette question hante Bloom depuis qu'il a failli mourir. Mais, face à l'inefficacité de Lucifer et de la Mort, en grand débat sur les méfaits des défibrillateurs, Dieu descend sur terre finir le travail lui-même. Deux hamsters, Donut et Beignet, attendent Joe, leur maître.Confiant dans la bonté de son dieu nourricier, Donut se met à prier. Affamé, Beignet commence à douter. Après une nuit de rêves impurs, Motty, élève d'une yéchiva loubavitch de dix-huit ans, se réveille avec une poitrine velue, un débardeur Budweiser et une furieuse envie de bricoler. Que vont penser les siens de son nouveau corps de chef de chantier goy ? Rabbins violents, épouses perverses, chiens culpabilisateurs et chimpanzés suicidaires peuplent ce recueil complètement original, qui, derrière un humour dévastateur, soulève des questions fondamentales sur la condition humaine et son besoin d'interdits.

En lisant la quatrième de couverture, je me suis dit en voilà un petit recueil bien juteux. Attention Dieu méchant porte un titre assez aguicheur, singulier et original. D'emblée on pressent que l'auteur se veut cassant, au ton acidulé et à l'humour un peu grinçant. Effectivement ce recueil de 14 nouvelles est clinquant ! C'est une belle claque que je me suis prise...


Shalom Auslander ne fait pas dans la dentelle et propose là une vision assez particulière de la religion. D'origine juive, l'auteur laisse présager des critiques d'une société conservatrice et stricte avec les règles. La masturbation, le sexe sont des péchés qui empêcheront tout salut dans l'au-delà à tel point que l'on se demande si Shalom Auslander ne prêche pas là une revanche sur une éducation frustrée. Attention Dieu méchant présente une conception ironique de la condition humaine et de ce Dieu qu'on vénère mais qui nous fait souffrir. Sans parler de perversité, ses nouvelles ont ce je ne sais quoi d'assez dérangeant voire de complètement blasphématoire. Ce Dieu est plutôt un anti-Dieu, il se joue des humains. Quand on lit "Kit de préparation à l'Holocauste pour ados", le ton se veut humoristique mais ce procédé accentue la gravité des actes. Auteur de l'absurde, c'est pour donner de l'impact à son texte qu'il utilise l'humour décapant, entre anticonformisme et scandale. Car oui on pourrait s'insurger contre cette vision choc d'un Dieu limite sadique, on pourrait se moquer de ces croyants qui ont besoin de tabous pour vivre... Peu flatteuse est cette religion juive qu'il met en cause, du juif parfait qui va jusqu'à remettre sa vie sexuelle en cause. Dangers de l'intégrisme, de l'appartenance religieuse, message universel; Shalom Auslander y va tout de même un peu fort et ne laisse en aucun cas indifférent. Plus d'une fois, j'ai serré les dents, j'ai aussi ri, j'ai également eu un pincement au coeur dans "Singeries" l'histoire d'un singe qui prend conscience de sa condition et qui finit par se suicider. D'un cynisme extrême, il faut reconnaître un talent certain à Shalom Auslander pour nous offrir des pistes de réflexion sur le besoin de soumission de l'homme, sur son déterminisme à croire en un Dieu ; pistes de réflexion trop courtes où la circoncision impromptue de cette pensée l'emporte finalement sur son humour que l'on pourrait facilement juger déplacé...


4 / 7

mercredi 18 novembre 2009

Le petit Prince d'après l'oeuvre d'Antoine de Saint-Exupéry

Joann Sfar

Editions Gallimard Jeunesse
Collection Fétiche
110 pages
BD Tout public et Jeunesse

Je ne sais pas si c'est parce que Joann Sfar est connu dans le monde de la bande dessinée que tout le monde a fait un pataquès lors de la sortie du Petit Prince. Youpi!! crie-ton Joann Sfar revisite un classique de son enfance, ça va être génial.

Mouais!!! Je l'ai lu et il n'y a pas de quoi crier" ô miracle". Est-ce parce que je viens de lire le Petit Prince édité par Gallimard Jeunesse en version pop-up ? et que je l'ai trouvé magnifique ? mais j'ai été extrêmement déçue par cette adaptation. Où est la poésie et l'émotion ? Le petit Prince de Joann Sfar fait limite peur quand celui-ci rit. Des dessins hâchés, des couleurs criardes caractérisent cette version qui tranche carrément avec l'original. Son style est particulier, et présente un aspect dérangeant de la personnalité du jeune héros. Malgré cela j'ai aimé la fleur qui est une belle demoiselle, j'ai aimé la première planche du début, du boa... Je n'ai absolument pas retrouvé cette sensibilité, cette générosité et cette réflexion de ce conte philosophique. Des couleurs belles certes mais qui ne sont pas dans l'esprit délicat de l'enfance. Bref, je n'en parlerais pas plus; quand je suis déçue, il n'y a rien à faire. Je n'ai pas été sensible à cette revisite et pourtant j'avais adoré La fille du professeur... Perplexe ! Mais je suis curieuse, que ceux qui ont aimé m'en parle. Qu'est-ce qui vous a plu dans cette BD ?


Le billet d'Ori qui a adoré "Un pur bonheur" et j'en oublie sûrement alors faites-moi signe!!

Pas de note car mon avis est vraiment très personnel et ne serais pas représentatif du travail de qualité de Joann Sfar. C'est très subjectif et à mon sens, on adore ou on déteste.

lundi 16 novembre 2009

Lombres

China Miéville

Au diable vauvert
Traduit de l'anglais par Christophe Rosson
644 pages
Roman jeunesse
Paru en Octobre 2009
Dessins de l'auteur


A propos de l'auteur: China Tom Miéville doit son prénom à des parents hippies. Né en 1972 au Royaume-Uni, il vit et travaille à Londres. C'est un auteur britannique de science-fiction, il mêle ce genre littéraire avec le fantastique et l'horreur. Diplômé en ethnologie, il est très engagé dans la politique, il défend des idées d'extrême gauche. Ces théories littéraires se retrouvent dans ses romans notamment le lien entre politique et écriture. Lauréat des British Fantasy Award et du prix Arthur C. Clarke, il défini de nouveaux horizons pour la fantasy anglo-saxonne. Un de ses auteurs de référence est Lovecraft. Il a lancé le mouvement New Weird dont le but est de redonner la fierté aux sous-genres littéraires et promouvoir une littérature SF et fantastique libre et engagée. Son genre de prédilection est la littérature urbaine. (Infos prises sur le Cafard Cosmique et Wikipédia).


Une dame inconnue qui nomme Zanna la Shawzzy comme si elle l'avait toujours connue, des signes bien étranges qui se soldent par l'attaque peu banale d'une fumée noire qui s'en prend aux adolescentes, un parapluie qui toque à la fenêtre de Zanna... tout ceci présage une aventure palpitante. Zanna et Deeba décident de suivre ce parapluie cassé qui les conduit tout droit jusqu'à Lombres. Ville parallèle, Lombres est la transville de Londres. Sans le savoir, Zanna et Deeba se sont engagées dans une terrible guerre, celle qui oppose les lombressiens au Smog, ce grand nuage noir toxique qui veut détruire la ville...


China Miéville est un auteur prolifique à l'imagination extrême et débordante. L'intrigue est fondée sur une ville parallèle, incroyablement foisonnante et déroutante pour nos deux jeunes exploratrices. La qualité du récit et sa construction tiennent le lecteur en alerte: progressivement on entre dans l'histoire en découvrant les différents quartiers qui composent Lombres. On se familiarise avec l'inconnu: les habitants, l'organisation de la ville. Nous sommes comme Zanna et Deeba, des étrangers dans une ville qu'on explore. Il y a cette exaltation et cette peur d'un monde nouveau, étrange et étonnant. Lombres a toujours existé "Les transvilles existent depuis qu'existent les villes. Chacune engendre l'autre par le rêve." China Miéville propose une vision de la ville assez sale et miséreuse; dès leur arrivée, Zanna et Deeba ont affaire à une armée d'ordures, de déchets. C'est là que Deeba se prendra d'affection pour une brique de lait vivante nommée Caillet. Zanna est la shawzzy, autrement dit la choisie, l'élue, dont la prophétie de Lombres lui donne le statut d'héroïne, celle qui détruira le Smog. Deeba a très peur, c'est une ado peu téméraire, elle se cache derrière Zanna, la choisie. Mais China Miéville a saisi les ficelles du roman jeunesse car Zanna qui devait être l'héroïne n'en est rien, c'est Deeba, qui prend de l'assurance s'affirmant ainsi comme un des personnages les plus attachants de Lombres.

Lombres est ce roman jeunesse de l'affirmation de soi, de cette prise de conscience de sa propre valeur, de sa place dans le monde, peut-être peut-on y voir là l'engagement politique de l'auteur. Lombres c'est une ville détournée (la Tisame/ Tamise; la nule/ la lune) composée par une architecture de la récupération et le recyclage des déchets. Ce roman n'épargne en rien son côté fantastique et imaginaire. China Miéville a réussi à créer une ville dont les détails sont importants notamment sur le plan stylistique. Lombres s'est construite à partir des matériaux rejettés par Londres, notamment les parapluies cassés. On trouve des maisons en mool : "matériau obsolète d'origine londonienne", ce sont les objets récupérés de Londres. Cette littérature urbaine se retrouve également dans les noms donnés aux objets: les poubanzaïs, les mygalucarnes, les marche-pages. Dans une interview de l'auteur par le Cafard cosmique, celui-ci se dit être un "agglomérateur". Dans ses procédés stylistiques, il aime agglomérer les choses, c'est-à-dire qu'il crée des monstres en agglomérant plusieurs éléments entre eux notamment l'humain, le végétal et les objets. Les poubanzaï sont des poubelles banzaï qui défendent le grimoire qui contient la prophétie, les mygalucarnes sont des araignées-fenêtres. Le procédé de l'agglomération est devenu ce nouveau mode monstrueux, employé pour expérimenter des créatures hybrides et urbaines.

Création littéraire étonnament contemporaine, Lombres est un excellent roman qui mêle intimement la magie à l'industrie, univers fait de bric à brac et de déchets, China Miéville n'a pas choisi cette intrigue par hasard. On peut y voir une critique sous-jacente du capitalisme et de la pollution. Le Smog existe réellement, formé par des polluants atmosphériques, il est néfaste pour la santé et l'environnement. Lombres est un roman jeunesse, certes mais aussi un roman très intéressant, qui met en garde contre certaines dérives de notre société. Il s'inscrit dans le style "steampunk", ce sous-genre littéraire dont l'action se déroule dans l'ambiance de la société industrielle du XIXe siècle. Le steampunk est souvent associé à des romans qui se déroulent comme Lombres dans un univers alternatif.

Lombres à tous les points de vue est un roman passionnant, porté par la plume d'un auteur original dont l'engagement se ressent, créant une fantasmagorie londonienne, il gagne à être connu et tout particulièrement par les fans de Neil Gaiman qui reconnaîtront la filiation avec Neverwhere. Tant sur le plan littéraire (steampunk et technique de l'agglomération) que sur le plan romanesque, Lombres est un roman d'une intelligence remarquable alliée à une originalité moderne, qui ne manquera pas de faire des adeptes aussi bien du côté ados que adultes.


5/5champignons

dimanche 15 novembre 2009

Abarat


Le Livre de Poche
Traduit de l'anglais par Hélène Collon
471 pages
Tome 1
Romans ados
Genre Fantasy, Fantastique
Site Internet du Livre

Je le lorgnais depuis un bon moment déjà. Attirée par la couverture, emportée par un résumé alléchant, je me suis décidée à le lire alors qu'il m'attendait dans ma PAL depuis un long moment déjà!


Initialement publié par Albin Michel dans la collection Wiz, Abarat est un livre à couper le souffle tant sur le plan artistique que sur le plan littéraire. Célébrée par une écriture époustouflante, aussi soignée que magique, cette épopée fantastique fait place à un monde parallèle peuplé de créatures étonnantes, mi-humaines mi-animales ; dont le mode de vie emprunte des accents médiévaux. Un mélange des genres bienheureux qui éblouit le lecteur. Abarat est un archipel de vingt-cinq îles dont l'île de la vingt-cinquième heure. Chaque île représente une heure du temps. Mais commençons par le début...


Candy Quackenbush, une adolescente de 16 ans, vit à Chickentown, une petite ville au fin fonds de l'Amérique. Coincée dans cette ville où il ne se passe jamais rien mais réputée pour l'élévage de volailles, Candy s'ennuie. Son père alcoolique, sa mère blasée ne l'aident en rien dans sa vie de tous les jours, sans compter ses conflits avec sa prof d'histoire. Suite à une dispute avec sa prof au sujet d'un devoir où Candy a obtenu un zéro pointé ; la jeune fille s'enfuit. Sans penser à son chemin, elle continue sa route là où ses jambes la portent...jusqu'au moment où elle se rend compte qu'elle est au beau milieu de la nature, loin de la ville. Cette campagne environnante lui réserve la belle surprise de rencontrer un dénommé John Canaille, un homme possédant sept autres têtes qui sont ses frères !!! Celui-ci semble affoler par son ennemi qui rôde aux alentours: Mendelson Morphe, une créature aussi hideuse que sa cruauté. Plongée à son insu dans cette aventure palpitante, Candy se lance sur les traces d'Abarat, ce monde magique et fantastique dont elle n'a pas idée combien il sera dangereux pour elle...


Prodigieux, spectaculaire, ébouriffant est ce roman signé Clive Barker. Celui-ci écrit au tout début du livre : "J'ai rêvé d'un livre sans limites" , en effet Abarat est un monde parallèle que l'on rejoint grâce à la Mer d'Izabella dont la traversée ressemble fortement aux péripéties d' Alice aux pays des merveilles... Candy va faire de surprenantes rencontres, à la fois étranges, inquiétantes mais aussi drôles et farfelues. Entre voyage fantastique et conte magique, Abarat s'inscrit dans la lignée des oeuvres classiques pour la jeunesse telles que Le magicien d'Oz. Mais son côté imaginatif notamment dans la description des personnages abaratiens n'est pas sans rappeler les créatures lovecraftiennes. Ce Mendelson Morphe est horrible, sans parler des créatures mi-hommes mi-poissons... Fortes sont ses illustrations (plus d'une centaines réalisées par l'auteur), images de métamorphoses oniriques. Un texte dense, d'une grande création littéraire appuie l'histoire intriguante de Candy. Abarat est composé de vingt-cinq îles dont chacune représente l'heure. On divise ainsi les îles du jour et les îles de la nuit, qui n'ont jamais cessées de s'affronter. La vingt-cinquième île est une île hors du temps, une île du Temps ultime, où l'on peut voir le passé, le présent et l'avenir. Dès qu'elle arrive à Abarat, Candy affronte les dangers avec une intelligence rare et une familiarité inattendue comme si elle connaissait déjà ce monde. L'inconnu ne lui fait pas peur.


Contenant une bonne dose de rebondissements, Abarat se lit avec intérêt. Possédant les vertus du genre: la fantasy anglo-saxonne, le conte fantastique et les ficelles qui font un roman de jeunesse, il ravira les adolescents mais aussi les adultes. Le thème de l'exploration et de la découverte sont essentiels et permettent à l'héroïne d'avancer d'aventures en aventures. Mené tambour battant, ce roman dégage également une dimension plus spirituelle et réaliste. Candy s'embarque dans un monde fabuleux, sans attaches à sa vie morne empreinte d'une sombre réalité: un père alcoolique et violent, une mère qui ne se bat plus, des soucis à l'école font de Candy une héroïne à part entière. Elle est attachante et les jeunes n'auront aucun mal à l'apprécier. A la fin du tome 1, le lecteur grouille de questions: Candy va-t-elle rester à Abarat ? Pourquoi cet univers lui semble si proche ? Et le seigneur de Minuit, pourquoi est-il si intrigué par cette nouvelle venue ? Il faudra être patient car Abarat comprendra plusieurs romans dont le tome 2 disponible en Livre de Poche. Pour ma part, j'ai vraiment hâte de rejoindre ces monstres abaratiens, ce décor fantasque et psychédélique, tout droit sorti d'un rêve. Abarat est un roman aussi prometteur que contemporain, grâce à une imagination fertile et à son caractère très personnel ; un excellent roman jeunesse dont Disney a acheté les droits pour en faire une adaptation.


5/5 champignons

vendredi 13 novembre 2009

Le problème avec les lapins

Emily Gravett

Editions Kaléidoscope
Diffusion Ecole des Loisirs
Traduit de l'anglais par Elizabeth Duval
Album Jeunesse à partir de 3 ans

Thèmes: Lapins, Théorie, Calendrier


Ce livre est basé sur un problème qui a été résolu au 13ème siècle par le mathématicien Fibonacci, mais ce n’est PAS (j’ai bien dit PAS) un livre sur les mathématiques. C’est un livre sur les lapins. Énormément de lapins.

Quel coup d'éclat cet album!!! Emily Gravett a réussi un pari aussi fort qu'amusant. A partir de la célèbre théorie de Fibonacci : Si on met un couple de bébés lapins dans un champ, combien de couples de petits lapins aurons-nous : a) à la fin de chaque mois ? b) au bout d'un an ? ;Le problème avec les lapins met en scène pour chaque mois de l'année, l'évolution et l'organisation de la vie des lapins. Au départ, en janvier, il n'était qu'un (Coeur-à-prendre), un petit lapin solitaire qui cherche une compagnie !! Trois mois après, ils sont six!!! Attention les couples de lapins n'ont pas le droit de sortir du champ Fibonacci, champ sur lequel l'analyse se poursuit. C'est fou!! Plus les mois passent, plus ils sont nombreux... Attention, ils doivent rester à l'intérieur de l'enclos !! Ils ne doivent pas sortir...

Avec une imagination déconcertante, Emily Gravett nous expose non sans humour et avec une certaine dose de fantaisie, les différents problèmes auxquels les lapins sont confrontés. Appuyés de documents inventés pour l'occasion comme Le carnet de rationnement ou La feuille de chou (journal des lapins), on suit avec attention, curiosité et admiration le mode de vie des lapins. A chaque mois son lot de problèmes : le froid, la faim, la pluie, l'ennui, le surpoids, les carottes...il y en a pour tous les goûts. Au bout d'un an, que se passe-t-il ???? Et bien si vous avez bien suivi, vous devinerez... Le problème avec les lapins est un album original, de grande qualité, aux illustrations guillerettes. Il fait rire, il est inventif et récréatif!!! C'est un régal!!! Il faut absolument le lire... Présenté sous la forme d'un calendrier, cet album jeunesse allie avec une parfaite maîtrise le pop-up, le livre animé et le livre-jeu, sous les illustrations drôles et originales d'Emily Gravett. A ne pas rater!!!! Il vaut le détour...


5/5 champignons

Et un tag!!

Tagguée cette semaine par Leiloona, je réponds un peu tard mais je réponds!!!! Il faut parler de sept choses qui parlent de notre automne (d'ailleurs j'ai lu celui de Karine!!). Sept choses qui décrivent mon automne!! Allez c'est parti :

1° Les arrêts maladies
C'est pas faute d'être de bonne foi mais j'ai toujours été doté d'une très mauvaise santé, qui des fois je pense se terminera par un cancer... Mais bon, l'heure n'est pas aux lamentations mais voilà deux mois que je me trimballe cette santé médiocre.

2° La fatigue
Et ben voui, qui dit maladie dit grosse fatigue chez moi. L'automne est marqué par ma période haute de travail à savoir travailler 40h par semaine, du mardi au samedi dont 8h par jour sur écran et lever à 5h20 du matin Arrivée le soir, plus de force et les yeux qui brûlent, de gros maux de têtes. Donc dodo ou repos devant la télé.

3° Les séries télévisées
Tout s'enchaîne car le repos va souvent de paire avec la télévision notamment les séries telles que Desperate Housewives et Grey' anatomy...

4° La lecture
Même si je suis très fatiguée, il me faut lire. C'est indispensable pour ma bonne santé mentale, pour mon rythme automnal. Si je ne lis pas, je me sens vide.

5° Chupke
Quand il n'est pas vilain et qu'il ne me fait pas tourner en bourrique, mon chat est super câlin. Alors les jours de repos, je me cale sur le canapé avec lui sur mes genoux et un bon livre. Et c'est parti pour les câlins et les bisous.

6° Twilight
Au cinéma, sortira le 18 novembre le chapitre 2 de Twilight, Tentation!!!! Et oui j'ai hâte et ce film je risque d'en parler jusqu'à la fin de cet automne...

7° Là je flanche
L'automne, ma saison préférée est synonyme de changement, surtout côté décoration de l'appartement. C'est le moment pour allumer les bougies aux senteurs parfumés. C'est l'heure des goûters à la cannelle, à la pomme et aux fruits secs. C'est une période charnière, excitante pour moi. Vitrines illuminées, soirées au chaud, thés et gourmandises...

Une fois n'est pas coutume, je ne tagguerais personne mais si vous voulez le faire alors la porte s'ouvre à vous...

jeudi 12 novembre 2009

Prix de l'amitié


L'heure est aux tags!! Leiloona m'a tagguée et promis je lui répondrais d'ici peu!! Comme j'ai un peu de temps devant moi, c'est avec un grand plaisir que je réponds au Prix de l'amitié que m'a décerné Ellcrys pour mon blog. C'est fou car je ne savais pas du tout qu'elle me lisait, qu'elle connaissait mon blog donc imaginez cette heureuse surprise!!! Je lui dis un grand merci et hop c'est parti!!! Il faut désigner sept choses qu'on aime puis tagguer sept autres personnes...


1° Bon, je vais dire mes parents mais mes parents ne sont pas des choses!!!! Donc je vais dire le sentiment d'amour qui me lie très fort à eux. A mon papa, car j'ai toujours une pensée pour lui, depuis son décès. Il reste dans mon coeur et cet espoir me fait vivre chaque jour et me donne la force d'avancer. Puis ma maman car elle a tout sacrifié pour mon bonheur et continue à le faire...

2° Depuis peu (ça va faire 6 mois que je l'ai adopté) je vais dire mon chat Chupke, c'est une terreur, une sale teigne mais je l'adore. Quand je suis malade et que je pleure, il vient vers moi, miaule et me donne des coups de tête et des câlins.

3° Mes livres, ma Pal, ma LAL, ma bibliothèque "esprit roulotte". Y'en a partout!!!

4° Mon chez moi, je suis d'un naturel très cocooning alors je me suis crée un appart à ma personnalité.

5°Sous le coup du jour d'aujourd'hui je vais aussi dire la raclette!! Je suis très gourmande!! et quand vint le froid, j'avoue que je fonds pour une raclette party!! entre amis ou en famille!!

6° Les séries américaines notamment Grey's anatomy, Lost, Charmed, Desperate Housewives. Je suis une fervente spectatrice de toutes ces émissions.Je suis en train de faire une overdose en achetant les coffrets de mes séries préférées!!

7° Le Doctor !!!! Bien sûr, je ne pouvais l'éviter!! Un coup de foudre total pour David Tennant.

Je dois tagguer à mon tour sept personnes alors je vais dire Karine (mais je suis sûre qu'elle a déjà eu ce prix) parce que j'adore son humour, ses billets foisonnants qui redonnent le sourire et sa fougue; Leiloona dont je trouve les billets incroyables, riches et complets, qu'elle écrit fouchtrement bien; Theoma parce qu'elle est devenue une fidèle lectrice et je lui en remercie; Mimienco, ma camarade du club de lectures et toujours une bel échange avec elle; Clarabel et Bookomaton c'est un clin d'oeil pour leur dire que je ne les pas oubliées, que j'apprécie toujours autant leur blog et leurs billets; Ori parce que c'est Ori, j'apprécie sa manière de voir les choses, d'être toujours enthousiaste et de communiquer sa joie de vivre et ses petits délires. Voili voiloù!!!

Apparition et autres contes de l'étrange

Guy de Maupassant

Gallimard
Collection Folio 2 Euros
116 pages

Quatrième de couverture: Une morte vêtue de blanc supplie qu'on la coiffe, un loup monstrueux attaque les chasseurs, un enfant rêve de la mort de son père, une pierre tombale se soulève...Hallucinations, cauchemars ou phénomènes surnaturels ? Des cimetières aux châteaux hantés, Maupassant nous attire aux confins de la folie et de la peur.


Ce petit recueil comprend huit nouvelles écrites par Guy de Maupassant. Autant vous le dire je ne les ai pas toutes aimées. Seulement deux ont retenu mon attention : Apparition et L'Empoisonneuse. Pourtant l'écriture de Guy de Maupassant se lit avec délectation, laissant un plaisir de lecture intact. Malgré ce petit bémol, je me sens partante pour lire Le Horla, une autre nouvelle de cet auteur. Apparition et autres contes de l'étrange a pour thème la peur. Jouant sur ce leitmotiv, le lecteur s'aventurera de cimetières oubliés en châteaux hantés, de fantômes en esprits magnétiques. Le lexique est là, l'atmosphère est retranscrite telle que le lecteur s'y méprend. J'ai beaucoup apprécié la "critique" qui s'y cache : toutes ces histoires inventées ou pas sont le fruit de l'imagination humaine alimentée par la peur de l'inconnu, la peur de la mort et la découverte d'un au-delà qui reste un mystère. C'est néanmoins beaucoup moins prenant que les nouvelles de Lovecraft mais avec le recul, je ne pense pas qu'il faille comparer ces deux auteurs même si le registre de l'étrange leur est commun. Ce qui est plaisant c'est le contexte dans lequel sont racontés ces contes, c'est souvent le soir, lors d'un dîner, autour d'un cercle d'amis; l'un d'entre eux va prendre la parole et raconter son anecdote. Guy de Maupassant sait très bien éveiller la curiosité du lecteur ainsi qu'un suspens timoré, il joue sur la croyance ou pas de tels "racontars". Histoires à se faire peur, histoires au coin du feu, elles ont toutes en commun cet imaginaire de l'angoisse ou comment l'esprit humain arrive à voir des choses que la raison refuse. A savoir si ces apparitions cauchemardesques existent, ça c'est une autre histoire...



4/5 champignons

dimanche 8 novembre 2009

Le journal de Peter

Texte de Sébastien Pérez
Illustrations de Martin Maniez

Milan Jeunesse
Collection Albums Animés
Paru en Octobre 2009


Le Journal de Peter est un album dont la réussite est incontestable tant au niveau du texte que sur le plan esthétique. Finement étudiée, la mise en page présente documents, photos sépias, coupures de presse, lettres, autant d'informations qui permettront aux jeunes lecteurs de se plonger dans le monde pessimiste de Peter...

Peter vient d'être accepté à l'orphelinat Saint-James. Le Londres du XIXe siècle qu'il côtoie est triste et monotone. La ville est grise, les gens grouillent dans les rues. Mais la sombre réalité de Peter est dûe à tout autre chose. Il ne sait pas pourquoi il s'appelle Peter, c'est la soeur Anne qui le nomme ainsi. Il ne sait pas pourquoi il est à l'orphelinat. Peter est un enfant amnésique, en quête de réponses à ses multiples interrogations. Soeur Anne lui conseille d'écrire ses pensées dans un journal intime. Peter y exprime ses craintes, sa profonde détresse psychologique et ses espoirs d'enfant. Toutes ses lettres s'adressent à une seule et unique personne: sa chère maman. Il souhaite tant la retrouver que tout au long de ce carnet de bord, comme un leitmotiv, elle est là, présente dans son coeur et dans ses larmes. Peter s'est mis dans la tête de chercher sa maman. Il va tout tenter avec une bande d'amis qui, comme lui, sont orphelins ou des "enfants perdus, des bébés tombés du landau". Il explore les ruelles de Londres et fait la rencontre d'un bien étrange personnage appelé Monsieur Mouche car elles semblent l'apprécier énormément!!! D'indices en aventures, Peter découvrira les docks anglais et s'enrôlera au service d'un capitaine Crochet aussi cruel qu'exploiteur...

Ce que j'aime particulièrement dans cet album c'est la version qui nous est offerte de Peter avant Peter Pan. Une sorte de prologue à l'histoire magique de ce garçon qui refuse de grandir. En cela, cette lecture accompagne superbement celle du classique de James M.Barrie. Ce journal intime propose une idée originale: le capitaine Crochet serait le père de Peter Pan. On comprendrait alors notre héros Peter Pan, arpentant et survolant le pays de Nulle Part, comme une réponse à la cruauté de son père. Le combattre est le meilleur moyen de fuir une paternité reniée. Le Pays de Nulle Part, un monde où les adultes sont bannis, où les rêves des enfants se réalisent et peuplé d'Indiens et de fées devient sous-jacent et réel. C'est un monde créé par les enfants pour les enfants, afin d'échapper à la méchanceté des hommes et au monde cruel des adultes. Rester un enfant vous protège de tous les vices. L'enfance c'est l'innocence et la joie de pouvoir s'amuser. On retrouve cette part d'exotisme imaginaire, ce qui sera le futur Nulle Part dans ce journal sous la trace de dessins comme les parents de Flocon qui sont en Afrique et affrontent des tigres ou cette famille indienne que Peter rencontre sur les docks... L'exploration présentée par le carnet de bord est elle-même un jeu...

Cet album propose deux niveaux de lectures fortement intéressantes: une lecture divertissante, attractive faite d'aventures, de découvertes, où les lecteurs s'amuseront à lire les lettres cachées dans des enveloppes, à admirer les dessins et les photos, à observer le monde de Peter ; puis une lecture plus profonde riche en émotions : celle de la quête d'identité, la recherche des origines, la volonté imperturbable de retrouver sa maman. Peter est vraiment un personnage touchant, attendrissant, un enfant en manque d'affection, en recherche de l'amour maternel et exclusif. Très différent du Peter Pan qui adoptera des règles strictes comme ne jamais prononcer le mot "maman", comme un refus direct et violent de l'amour, celui-là même qu'il cherchait à récupérer ; qui le conduit à devenir un enfant égoïste, privé de famille, allant jusqu'à refuser aux autres enfants l'affection dont ils ont parfois besoin.


Mais pourquoi ? Comment Peter l'orphelin est devenu Peter Pan ? Cet album nous l'explique de manière violente et cruelle. Mais l'idée est là et fait son chemin, la maman de Peter laisse une lettre que celui-ci trouve: "Cet enfant a votre visage. Dès que je le regarde, votre sourire infect se dessine sur le sien. Il me rappelle tant de mauvais souvenirs." Une vérité choquante, profondément cruelle et destructrice pour un enfant, une vérité qui nous éclaire sur le sombre destin de Peter. C'est ce passage brut, sans prémisses de cette révélation aux règles du Pays de Nulle Part qui rendra cet album triste et pessimiste. Un album à l'issue dure et non dépourvue d'une vive émotion.

Sébastien Pérez, que l'on connaît comme l'auteur de Généalogie d'une sorcière et complice de Benjamin Lacombe dont il confie d'ailleurs sa dédicace, a écrit un texte juste, sensible, touchant et original. Les dessins raffinés et le coup de crayon de Martin Maniez sont irréprochables. Un travail de qualité, un album animé magnifique. Un petit coup de coeur. Bref, vous l'aurez compris, il ne faut pas laissez filer ce Peter là!!! Vous le regretterez...

Toutes les photos ont été prises par moi.
Copyright Droits Réservés. S. Pérez et Martin Maniez. Eds Milan 2009








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